Actif / inactif

Alors que nous entrons dans une période de l’année où les poissons moucheurs font preuve d’une activité plus intense (mi-mai et le mois de juin) il semble utile de rappeler que cette activité peut varier sensiblement d’un jour à l’autre et même d’une heure à l’autre !

Pour illustrer le propos envisageons deux traits du caractère du salmonidé qui nous intéresse particulièrement, la truite. Mais ce n’est aucunement limitatif, les causes du changement d’activité du poisson sont multiples et elles influencent un milieu, l’eau, qui échappe passablement à nos sens.

La truite est un poisson sténotherme d’eau froide, autrement dit la truite est particulièrement active lorsque la température de l’eau se situe entre 10 et 15° et elle ne supporte pas les variations brusques de température (sténothermie). Cette caractéristique induit un comportement que nous devons comprendre pour maximiser nos chances de la capturer.

C’est également un poisson lucifuge, il est incommodé par une lumière trop vive, aussi, lors des journées ensoleillée, il sera actif tôt le matin et tard le soir. Durant la journée, il recherchera l’ombre que peut lui réserver le relief et l’environnement du cours d’eau (coulées profondes, végétation rivulaire développée …).

Pour simplifier une approche possible de son comportement distinguons 3 états schématisés de son activité/inactivité.

Le plus défavorable, le poisson est « calé ».

Un changement brusque de l’état du milieu de vie du poisson le contraint à stopper toute activité et à se mettre à l’abri. Entre autres, une brusque variation du niveau de l’eau, variation qui, dans nos rivières artificialisées est très souvent le résultat d’un vannage, provoque une chute brusque de la température de l’eau et coupe littéralement tout appétit aux truites qui en sont les victimes. Une crue subite s’accompagne aussi d’une augmentation de la turbidité de l’eau, d’une dérive de divers débris…., éléments indésirables qui s’additionnent et augmentent temporairement l’inconfort du milieu de vie des poissons. La truite regagne son refuge et ne bouge plus.

L’Amblève est tout particulièrement connue pour être le siège de ces variations brusques qui, même limitées dans le temps, sont singulièrement perturbantes.

Lorsque le poisson est « calé », le pêcheur a tout intérêt à s’orienter vers une autre activité que la pêche !

Le poisson est passif, il se nourrit, mais il se déplace peu, il ne « chasse » pas sa nourriture.

Quelques conditions peuvent troubler le milieu de vie de la truite sans pour autant qu’elle ne se « cale ».

Par exemple, comme évoqué ci-avant, une lumière trop vive modifie sensiblement son comportement. La truite va diminuer son activité sans la stopper complètement et se tenir au fond du cours d’eau ou sous une berge creuse tout en restant à proximité d’un flux de nourriture que lui apporte le courant, elle capture ce qui passe à sa portée avec un minimum de déplacement, c’est sa « zone de confort ».

Par ailleurs, dans ces conditions de lumière plus intense, les invertébrés qui composent la majeure partie de sa nourriture sont également peu mobiles, l’absence d’abondance de proies va provoquer, chez la truite, un réflexe d’économie de son énergie !

Il nous reste une possibilité de capturer une truite dans ces conditions, une bonne connaissance de la rivière prospectée est un atout essentiel. Il faut être particulièrement attentif à la profondeur de ses courants et à la morphologie de ses berges pour pouvoir solliciter la truite dans sa « zone de confort ». Surtout, il faut consacrer le temps nécessaire à l’observation de la rivière pour percevoir ces minces indices qui peuvent nous renseigner sur l’humeur du poisson et ne pas s’acharner à la désirer telle que l’on aimerait qu’elle soit !

Le poisson est actif, il « chasse » sa nourriture.

Les conditions du milieu aquatique sont stables, ni hausse du niveau de l’eau, ni baisse de la température, ni soleil trop brillant, il y a peu d’activité parasite dans et autour du cours d’eau et les invertébrés sont en mouvement sous et sur la surface de la rivière. Dès lors, la truite sort de sa réserve et « chasse » sa nourriture tant sous la surface à la poursuite d’une nymphe ou d’un alevin qu’à fleur d’eau pour saisir un insecte qui éclot.

Avec un peu d’attention portée à la rivière, il est possible de déceler cette vie qui s’installe, les alevins et les poissonnets sont en mouvement, le cingle plongeur explore activement le cours d’eau et la bergeronnette capture les éphémères en vol….

Bien entendu, le gobage d’un insecte à la surface de l’eau est le meilleur indicateur, celui que le pêcheur attend pour avoir l’incomparable plaisir de ferrer un poisson sur la mouche sèche qu’il vient de fixer à son bas de ligne. D’autres techniques sont possibles telles que la noyée, la sèche-nymphe, la nymphe légère pratiquée à vue ou en « pêchant l’eau » vers l’amont.

En conclusion

Les causes du passage d’une activité à une inactivité sont multiples, elles ne sont pas toujours aussi nettes que ce samedi 30 mai 2026 (l’Amblève est passée de 1,8m3 à 10,52m3 en 9 heures). Ce jour, il était tout simplement impossible d’avoir recours aux techniques de pêche légales pour capturer un poisson, la crue étant trop importante.

Un changement d’état du milieu peut surgir à n’importe quel moment avec un impact variable difficile à estimer. Je désire ici évoquer un souvenir personnel.

Il y a quelques années, je pêchai dans une rivière des Pyrénées catalanes en compagnie du guide de pêche Marc Vande Vliet, l’activité des truites était bonne, les prises en sèche et en nymphe en témoignaient. A un moment de l’après-midi, nous avons vu la masse nuageuse s’épaissir et s’obscurcir au-dessus des montages, nous avons entendu le grondement d’un orage lointain qui, il faut le préciser, n’est jamais venu perturber la vallée dans laquelle nous nous trouvions, nous avons perçu une légère augmentation du vent parcourant la rivière. Je fis observer à Marc une modification dans l’attitude des truites que je sollicitai de même qu’un changement diffus au sein du cours d’eau, rien de clairement perceptible, pourtant j’étais convaincu que les poissons avaient cessé toute activité. Marc qui me guidait, mais ne pêchait pas, me demanda de lui prêter ma canne, il remonta une portion de la rivière en plaçant le tandem sèche-nymphe avec précision sur les spots qu’il connaissait très bien et le verdict ne tarda pas, il me confirma que les poissons étaient devenus inactifs. Il n’y eut aucune reprise de l’activité de tout l’après-midi bien qu’aucun changement ne fut visible dans la vallée. Quel a été la modification du milieu perçu par les truites, mais invisible à nos sens ?

La difficulté de perception de ces changements peut se révéler frustrante, elle est susceptible de modifier sensiblement notre approche de la pêche à la mouche, de son attrait et de son évolution technique. Un complément à cet article sera réalisé prochainement pour développer ce thème.

Pour terminer cet article, je désire vous suggérer une série de vidéos intéressantes à visionner, elles nous montrent les frères Chignard en action de pêche. En relation avec ce qui précède, le souci dont ils font preuve dans le fait de juger de l’état d’activité du poisson est très instructif, c’est typiquement une pêche d’observation, littéralement une « chasse », c’est assez remarquable.

Je vous propose aussi la vision d’une vidéo de Fly Scene Fr durant laquelle Christian Bazan décrit la technique de pêche en sèche-nymphe. Cette technique déjà ancienne (je la pratique personnellement depuis près de 40 ans), possède l’avantage de mettre assez rapidement en évidence l’activité du moment sur un parcours que l’on explore.